La France de l’UMPS est un vaste désert médical
Par Alexandre Leboucher
Si l’inégalité d’accès aux soins et l’avancée du grand désert médical sont aujourd’hui une évidence et une vraie source d’angoisse pour nombre de nos compatriotes, cela ne doit pas occulter que la sous-médicalisation de la France n’est pas du tout réservée à la ruralité ou aux cités.
Cette sous-médicalisation de la France touche aujourd’hui tous les Français, qu’ils soient urbains ou ruraux. La surmédicalisation du littoral méditerranéen est un mythe qu’il faut déconstruire : les cabinets ne désemplissent jamais, il n’y a pas de créneaux vides dans les emplois du temps des médecins, et un rendez-vous avec un spécialiste se prépare plusieurs mois à l’avance… Certes, la densité de médecins par habitants est plus élevée, mais il faut prendre en compte le fait que les populations en questions sont globalement plus âgées, donc plus suivies et plus demandeuses de soins.
En réalité, la France toute entière est sous-médicalisée. Comment a-t-on pu en arriver là ? Petite rétrospective.
En 1971, le gouvernement Chaban-Delmas met en place en première année de médecine un concours régenté par le sacro-saint numerus clausus. Cela signifie que les ministères de l’enseignement supérieur et de la santé fixent chaque année un nombre « couperet » d’étudiants admissibles en deuxième année de médecine, et pas un seul de plus.
S’il a été intelligemment fixé à 8588 à sa création, les tentations de faire baisser ce numerus clausus étaient fortes, car on peut comprendre que moins de médecins signifie moins de dépenses de sécurité sociale. Jusqu’en 1992, gouvernements de gauche et droite se sont succédés et ont tous tranché drastiquement dans le numerus clausus au prix de la santé de la population, pour le ramener à 3500, soit presque deux fois et demie moins qu’à sa création.
Aujourd’hui, ce que la France paie très cher, c’est le prix de l’incompétence consternante du système UMPS à avoir une vision sur le long terme. Oserions-nous dire, même, l’amateurisme, car il était pourtant tellement évident de savoir que cela aller poser des problèmes de démographie médicale dix ans plus tard.
Dans l’urgence, le numerus clausus a été réévalué à la hausse dès que les premiers effets se sont fait sentir. Mais c’est beaucoup trop tard, le mal est fait : il existe chez les médecins un véritable trou générationnel dont nous souffrons aujourd’hui. Trou que nous essayons tant bien que mal de combler en recourant à l’immigration de médecins étrangers d’Europe de l’Est ou d’Afrique, sous-payés, qui maîtrisent parfois mal notre langue, et formés dans des pays où la qualité des diplômes laisse parfois à désirer.
Le numerus clausus est actuellement de 7500, soit toujours moins qu’en 1971, et il n’évolue plus depuis quelques années : cela n’est pas assez. Une fois de plus, l’UMPS est incapable d’anticiper l’avenir, comprendre que notre démographie augmente (forte natalité, l’espérance de vie augmente) et donc que le nombre de médecins doit naturellement suivre.
Notre pays est malade de sous-médicalisation, notre pays est malade de l’UMPS. A ses côtés, les Jeunes Avec Marine formulent des propositions dans l’intérêt des Français.
- Desserrement du numerus clausus, accompagné bien sûr d’une politique volontariste de conquête de nouveaux terrains de stage (pour que cela ne se fasse pas au détriment de la formation). La sélection des étudiants en médecine par le concours n’est pas remise en question, bien qu’élargie, car elle est la seule garante de l’accession aux études de médecine par le mérite et le goût de l’effort, et non par le piston ou l’origine sociale. De nombreuses facultés mettent en place des systèmes de tutorat efficaces pour permettre aux élèves les plus défavorisés d’accéder à la deuxième année.
- Pour la ruralité, nous savons bien que si ces territoires ne sont pas attractifs pour les jeunes médecins, c’est parce qu’ils ne sont plus uniquement des « déserts médicaux » mais surtout des « déserts tout-court ». Nous rétablirons donc le droit aux services publics pour toutes les populations rurales. Nous privilégierons l’incitation des médecins à s’installer en zone sous-dotée plutôt que tomber dans la coercition liberticide et démagogique, car les jeunes médecins n’ont pas à payer pour l’UMPS. Pour cela, nous développerons des aides à l’installation, nous favoriserons le travail d’équipe pluridisciplinaire (réclamé aujourd’hui par les jeunes médecins) dans des structures de taille moyenne, plutôt que dans des méga-structures. Pour susciter des vocations et déconstruire les préjugés des étudiants, nous rendrons obligatoire la réalisation d’un stage de médecine générale dans la ruralité au cours du cursus.
- Pour les banlieues, le déficit d’installation est très largement dû au sentiment d’insécurité. Pour se protéger des violences faites aux médecins, les cabinets médicaux sont devenus de véritables bunkers, dans lesquels personne n’a envie d’exercer et chacun peut le comprendre. Nous mènerons une lutte sans concession contre les délinquants et les voyous. Notre République repartira à la reconquête des zones de non-droit. Mécaniquement, les médecins reviendront une fois que les banlieues seront apaisées.
Ne laissez plus jamais la France aux mains de personnes qui, non seulement d’être incapables de résoudre les problèmes, arrivent avec beaucoup plus de talent à les créer. Car la sous-médicalisation de notre pays n’est pas venue seule, elle a été engendrée par l’irresponsabilité de nos soi-disant « élites » (le terme serait pour le coup sérieusement à redéfinir). Et bien sûr, comme il est coûtume, ce ne sont pas eux qui payent le prix de leur propre incompétence mais le peuple français.
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