Par Paul-Alexandre Martin, membre de la Direction nationale du FNJ
Le protectionnisme peut être considéré comme l’ensemble des moyens dont dispose un État et ses collectivités, ou une structure supranationale, pour agir et intervenir afin de réguler l’économie.
Réguler l’économie, c’est notamment sauvegarder l’emploi, adopter une prise de participation de l’État au capital de certaines entreprises, voter des règles législatives contraignantes…
Le protectionnisme se traduit essentiellement par trois mesures types : les droits de douane, la mise en place de quotas d’importation et la création de normes diverses, surtout techniques ou sanitaires.
- Les droits de douane agissent comme une écluse permettant à un État de faire payer une taxe aux frontières dans le but de limiter l’accès au marché national, rendu moins attrayant, et d’augmenter mécaniquement le prix des produits importés, dont le corolaire est une compétitivité réduite face aux produits nationaux.
- Les quotas d’importation constituent une barrière quantitative qui permet de fixer un nombre donné de produits importés et de limiter l’accès au marché. Par exemple, un million de t-shirts chinois par un an.
- Les normes, diverses, sont des règles administratives que l’exportateur doit remplir pour pouvoir avoir accès au marché, comme l’interdiction de certains matériaux ou produits notamment.
La situation actuelle voit le triomphe imposé d’un dogme, celui du « libre-échangisme » et de la « concurrence libre et non faussée »
Avec la construction progressive de l’Union européenne, qui commence en 1957 avec le traité de Rome, les droits de douane n’ont cessé de baisser. Au sortir de la Deuxième guerre mondiale, en 1945, les droits de douane aux frontières étaient en moyenne de 20 %, avant de passer à 5 % en 1992, et devenir progressivement proches de 0 %.
Les quotas, comme les droits de douane, ont progressivement disparu. Parmi les secteurs les plus touchés, celui du textile depuis la suppression des quotas d’importation de textiles. Les entreprises françaises ont subi une concurrence déloyale terrible, obligeant les entreprises du secteur à fermer boutique ou à délocaliser.
Les normes sanitaires en matière d’importation restent terriblement laxistes. En témoignent les différents scandales liés à des jouets ou peluches contenant des substances chimiques extrêmement dangereuses ; cancérigènes par exemple.
Deux phénomènes poussent les tenants actuels de la mondialisation libérale, les mondialistes, à interdire toute forme de protectionnisme :
- Le dogme du « libre-échangisme » qui conduit à abandonner les frontières et ce qui les rend matérialisables de façon à ce que puisse prospérer le « doux commerce », synonyme de paix et de progrès inéluctable pour l’humanité. Le raisonnement est le suivant : le libre-échange amène le commerce accru, qui promeut l’épanouissement des hommes et des nations, soit la paix.
- Le dogme de la « concurrence libre et non faussée » qui nous conduit à abattre les protections et l’intervention des États dans l’économie nationale de façon à ce que l’économie puisse prospérer. Le raisonnement est le suivant : la concurrence libre suscite l’émulation de l’offre, soit une plus grande satisfaction des consommateurs, donc une baisse des prix, qui engendre une consommation de masse.
En pratique, la chose est totalement différente. Le libre-échangisme et la concurrence libre nous ont conduits à interdire toute forme de protectionnisme. A l’arrivée, l’on sait désormais que la France a perdu deux millions d’emplois industriels depuis 1980, avec une accélération de ce phénomène depuis les années 2000, et quatre cents mille emplois industriels perdus à compter de 2007. À cela, il faut ajouter une situation de chômage de masse inédite avec près de huit millions de chômeurs, selon les chiffres officiels ; ce qui laisse donc présager une situation bien pire.
La concurrence libre et non faussée et le libre-échange ont surtout facilité la formation de cartels puissants dont le lobbying est tel que les États sont doublement désarmés. Ces oligopoles nuisent à la libre-entreprise puisqu’il est très dur de concurrencer de tels groupes dans la réalité : leur taille, leur caractère monopolistique et leurs moyens de pression sont considérables. Les nombreuses ententes sur les prix sont complètement défavorables au consommateur, qui subit une qualité moindre, un prix élevé et le tout qui plus est, sans un seul emploi créé en France.
Les États-Unis, chantres du libéralisme et fervents défenseurs des institutions supranationales qui obligent les États à se conformer aux directives d’inspiration libérales initiées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), sont pourtant loin de ne pas pratiquer un protectionnisme de raison concernant certains secteurs d’activité. Quelques exemples flagrants viennent l’illustrer :
- Les droits de douane à l’importation sur le roquefort, fromage français, ont été multipliés par trois en 2009.
- Les programmes de recherche et de développement dans le cadre de la NASA et du Pentagone sont ensuite directement exploités par Boeing, entreprise américaine, dans le cadre de l’aviation civile. En 2008, Airbus remporte un marché de plus de trente-cinq milliards de dollars auprès de l’US Air Force, mais Boeing obtient gain de cause auprès de la Cour des comptes américaines : le marché finira par être annulé et à l’appel d’offres suivant, Boeing remportera la mise.
Marine le Pen, candidate soutenue par le Front national (FN) à l’élection présidentielle française de 2012, propose :
- Une refonte et une renégociation des traités européens avec la fin du principe de « la concurrence libre et non faussée ». Cela rendra de nouveau possible à la France de venir en aide auprès des entreprises, notamment par le bais de subventions jusqu’alors interdites.
- La mise en place aux frontières de barrières douanières et de quotas d’importation de façon à stopper la concurrence déloyale et à rendre nos entreprises la possibilité de produire en France.
- Une concurrence loyale pour contrer les dérives des oligopoles et des grands groupes qui, par le lobbying et la concentration rendent impossible à certains artisans et aux PME d’exercer une activité dans certains secteurs, notamment le petit commerce alimentaire.
- La mise en place d’un Small Business Act à la française permettant d’accorder une préférence d’accès aux marchés publics locaux et nationaux, aux PME et PMI françaises.
Arguments prônant un protectionnisme économique en France et en Europe :
- « La situation actuelle prouve bien l’échec des thèses libérales qui ont amené un monde sans frontières, sans écluses dans lequel la France ne cesse de perdre : chômage de masse, financement des ménages et de l’État par l’endettement, disparition de pans entiers d’activité (textile…). »
- « La concurrence non faussée fait de l’Union européenne le cheval de Troie de la mondialisation libérale (le mondialisme) puisqu’elle est la seule à ne pas vouloir adopter des règles protectionnistes contrairement aux grandes puissances : États-Unis et Chine en tête. »
- « Nombre de secteurs d’activité ont aujourd’hui disparu en France. Les thèses libérales partaient pourtant du postulat que chaque territoire finirait par se spécialiser dans les domaines où il était le plus performant. Au fil des années, c’est l’agriculture, puis l’industrie et désormais les services qui font pourtant l’objet de délocalisations. »
Contre-arguments libéraux les combattant :
- « Seul le libre-échange est aujourd’hui viable dans un monde ouvert où circulent librement les marchandises, les biens et les hommes. Il faut l’équilibrer mais avec des règles supranationales et non par le biais de l’État-Nation. »
- « Si nous adoptions des règles protectionnistes, cela serait perçu comme un désir d’autarcie et de fermeture et nous perdrions nos partenaires commerciaux. L’on sait aussi que la courbe des conflits est inverse à celle du commerce international : plus les échanges prospères, moins le monde fait face à des conflits. »
- « Le retour à l’État comme cadre politique pour définir les lois de l’économie ne ferait que nous isoler au niveau européen et mondial et nous sombrerions dans la misère car ne nous sommes un trop petit pays pour peser face aux grandes puissances émergeantes. »
Contre contre-arguments :
- « L’Union européenne a bien montré son incapacité à réguler mais aussi à régir efficacement un espace aussi hétérogène que l’espace européen, où les écarts entre les économies sont trop importants. La France souffre de la mise en concurrence avec les pays d’Europe de l’Est et ne peut faire jeu égal avec eux. »
- « Les règles protectionnistes ne supposent pas la fermeture au monde. Il ne s’agit pas de se couper de la mondialisation mais de redonner à l’État la capacité de définir des règles pour défendre les intérêts français. Le patriotisme économique n’a rien de honteux. »
- « Tous les États du monde possèdent des règles protectionnistes et principalement ces grandes puissances émergeantes face auxquelles nous tentons de lutter économiquement. Nous sommes donc doublement pénalisés par la concurrence déloyale et par l’absence de protections et d’écluses que les autres États n’hésitent pas à mettre en œuvre. »
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