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Avoir 20 ans et voter FN

par fnj-midi-pyrenees 30 Septembre 2012, 00:58

Ils sont jeunes, ils ont entre 18 et 25 ans. Ils incarnent le futur du pays, l'espoir de la nation. Et, à la dernière élection présidentielle, ils ont voté Marine Le Pen. Explications.


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En janvier 2011, quand Marine Le Pen a pris la présidence du Front national, Fabien, 22 ans, a déchiré sa carte de l'UMP. Dieu sait que le jeune homme y avait cru depuis son adolescence dans une petite ville ouvrière de Moselle. Mais trop d'espérances, en 2007, dans la capacité de Nicolas Sarkozy à changer les choses, peser sur le chômage, venir à bout de l'insécurité, s'occuper des «invisibles» qui souffrent en silence loin des fastes du Fouquet's, et au bout du compte trop de désillusions.

Alors, le 22 avril, Fabien, qui votait pour la première fois de sa vie à une élection présidentielle, a glissé un bulletin Marine Le Pen dans l'urne. Ce sympathisant convaincu et ardent a en outre réussi à persuader son père et sa mère de voter comme lui. En 2007, le couple avait élu Nicolas Sarkozy. Deux ans plus tard, aux élections européennes, ils avaient apporté leurs voix, l'un à Olivier Besancenot (NPA), l'autre à Arlette Laguiller (LO). Fabien n'est pas un déclassé. Pour lui, l'ascenseur social a plutôt bien fonctionné. Son père est ouvrier du bâtiment et sa mère, aide à domicile. Aujourd'hui, en master de management du sport (bac + 4), il se prépare à intégrer les classes moyennes. Après, il verra.

Fabien fait partie des 650 000 primovotants de moins de 25 ans au scrutin d'avril-mai. Mal connus, ces puceaux des urnes – beaucoup plus intéressés par la politique que les fins experts ne l'affirmaient – ont été à l'origine d'un des plus grands tsunamis de la présidentielle. En mars 2012, l'Association nationale des conseils d'enfants et de jeunes (Anacej) publie les résultats d'un sondage auprès des primovotants. Stupeur et tremblements ! Certes, avec 31 % des intentions de vote des 18-22 ans interrogés par l'Ifop, François Hollande vient largement en tête. Mais Nicolas Sarkozy ne recueille que 21 % des intentions de vote, battu par Marine Le Pen (23 %). Mikaël Garnier-Lavalley, délégué général de l'Anacej, se souvient : «Même si nous savions que Marine Le Pen accrochait auprès des jeunes, un pareil score nous a totalement surpris.»

Verdict définitif, au lendemain du premier tour de la présidentielle : 18 % des 18-24 ans ont voté pour la candidate FN (7 % de la même tranche d'âge s'étaient prononcés pour son père en 2007). Une percée fulgurante.

Pour Jean-Philippe Refray, membre du comité de direction de l'Anacej, c'est la confirmation de ce qui remontait de façon fragmentée de ses équipes de terrain. Le directeur général de l'Office de la jeunesse de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais), commente : «Mon fils me racontait que certains de ses camarades de terminale S étaient ouvertement en faveur du FN.» Fabien témoigne du changement de génération : «Si Marine Le Pen n'avait pas pris la tête du parti, je n'aurais jamais voté pour son père. Nous avons soupé de ses propos douteux, du "détail" sur les chambres à gaz ou de ses agressions.»

La relève est là, séduite par le ripolinage du Front. Mais, d'évidence, la dédiabolisation n'aurait pas été aussi forte si Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, Claude Guéant et certains ténors de la droite populaire n'avaient repris en choeur son discours. Alors, pourquoi s'étonner que les digues cèdent de proche en proche ?

Au point que, dans le milieu du théâtre – pas vraiment à droite –, des élèves de première année du célèbre cours Florent, à Paris, ne se privent pas de dénoncer le «trop d'immigrés». Fabien n'est pas le seul diplômé du supérieur à avoir voté pour la présidente du FN. Là est la véritable surprise.

Bien sûr, le sondage de l'Anacej montre que les gros bataillons se recrutent parmi les jeunes les moins qualifiés, à mi-chemin entre le monde urbain et le monde rural, et dont le père a un emploi lui aussi peu qualifié, quand il n'est pas au chômage (17 % des sondés) ou à la retraite. Bien sûr, aussi, les plus forts scores en faveur du Front national sont ceux des 20-22 ans qui ont terminé leurs études avec ou sans le bac et qui vivent dans des régions ravagées par la crise avec un fort sentiment de déclassement. Rien de nouveau sous le soleil de la résistible ascension de Marine Le Pen.

Mais, en 2012, la présidente du FN a pris dans ses filets des garçons et des filles issus des classes populaires ou moyennes, qui poursuivent sans problème un cursus scolaire de bac à bac + 4, qui n'ont pas de revanche sociale manifeste à prendre et qui ne se reconnaissent pas dans les crânes rasés et les saluts nazis.

Alors ? Aujourd'hui, avoir un diplôme ne garantit plus un emploi correct en fin d'études assorti d'un salaire permettant d'envisager de fonder une famille, d'acheter un logement et de grimper à son niveau de mérite dans l'échelle sociale. Les jeunes diplômés primovotants FN ont en commun le très fort sentiment que leur futur est incertain et que le déclin est en marche. Ce qui les sépare vraiment de leurs camarades de la gauche ou de la droite classique, eux aussi victimes de la crise ? La noirceur de leur regard sur demain, un pessimisme cuit dans la masse, une déprime plus ou moins lourde alimentée par la croyance que «tout fout le camp». Un sympathisant confie, lucide : «Nous sommes peut-être plus pessimistes que les autres parce que nous osons regarder les choses comme elles sont réellement. La gauche et la droite classique veulent nous faire croire que nous sommes au pays des Bisounours. A d'autres !» 

Anne Muxel, directrice de recherche au Cevipof et grande spécialiste du vote des jeunes, explique : «L'idéologie n'est plus le ressort d'un choix politique. Le ressort, c'est la peur et l'anxiété, la confrontation avec un monde dont on ne maîtrise ni les tenants ni les aboutissants.» Toutes ces craintes sur lesquelles le FN surfe avec un art consommé.

Au revoir, la Méditerranée et la région cannoise ! Aujourd'hui, Julien, 21 ans, économise pour s'expatrier au Québec avec son amie qui travaille dans l'hôtellerie. Il a voté Marine Le Pen sans aucun complexe, mais au terme de «sympathisant» il préfère celui d'«adhérent» aux idées. Officiellement, ce responsable des ventes d'une société de création de sites Web, titulaire d'un bac STI génie électrotechnique et d'un BTS technico-commercial, part se former professionnellement. Mais il ne se fait pas trop prier pour avouer qu'il part aussi parce que, ici, «l'avenir est bouché». Il travaille depuis ses 15 ans et, comme tous ceux de sa génération, il a vu les études s'allonger de deux ou trois ans en moyenne pour déboucher sur le chômage ou un boulot précaire. 

Les derniers chiffres ne lui redonneront pas le moral : selon l'Association pour faciliter l'insertion professionnelle des jeunes diplômés (BTS et plus), 57 % de ceux qui avaient obtenu leur parchemin en 2011 étaient sur le carreau début 2012 alors que 42 % de ceux qui déclaraient travailler étaient en CDD pour moins de six mois. Encore plus sombre, un jeune diplômé sur trois n'avait jamais travaillé depuis sa sortie de l'enseignement supérieur. De quoi se lever triste et se coucher furieux.

Réguler l'immigration

«Nous sommes en présence d'une génération qui ne croit plus dans la France du progrès social alors qu'elle a profité de l'ascenseur social», analyse Sylvain Crépon, sociologue chercheur à l'université de Nanterre et auteur d'Enquête au coeur du nouveau Front national  (éditions Nouveau Monde). Les parents de Julien appartiennent certes à la classe populaire. Son père est cuisinier et sa mère, aujourd'hui au chômage, travaillait à domicile pour un grand groupe d'équipements électriques. Mais le futur immigré de la Belle Province est sûr et certain de ne pas bénéficier des mêmes avantages qu'eux. Eux ont connu la croissance économique. Eux ont pu acheter leur appartement. 

«Ce n'est pas avec mes 1 200 euros net par mois que je pourrai acquérir quoi que ce soit», dit Julien. Il se veut lucide : «Nous sommes en déclin depuis vingt ans et le système économique va exploser.» Pour lui, «l'ascenseur social est réservé à une certaine catégorie de la population». Celle qui vient des écoles renommées, habite dans des quartiers chic, connaît les codes et détient les clés.

A 1 000 km de la Croisette, dans une petite ville rurale proche d'Angers, Frédéric, 19 ans, ne dit pas autre chose : «Tous les avenirs sont incertains, sauf ceux des énarques, des Sciences-Po et de tous les élèves des grandes écoles.» Malgré un bac «informatique électronique» en poche après des études secondaires dans le privé, inscrit en BTS, ce fils d'artisans d'origine paysanne est rongé par l'inquiétude et le doute : «Quand je vois le problème de la dette et la crise économique, je crains pour mon emploi et celui des autres.» Son ambition est d'avoir un travail qui lui plaît, un niveau de vie stable pour les siens et d'arriver à payer ses factures sans être au bout du rouleau. Cri du coeur : «Je ne peux pas me dire qu'un jour je serai pauvre !»

Ce futur développeur de systèmes électroniques compte sur le Front national pour stopper la crise et arrêter la fermeture des entreprises. A-t-il pensé aux effets négatifs du big bang frontiste avec, notamment, la sortie de l'euro, le retour à un franc déprécié, le renchérissement des produits importés et l'augmentation de l'inflation ? Notre Angevin contre-attaque : «Marine Le Pen a été constamment maltraitée. J'ai lu son programme et celui des autres. Elle est la seule à proposer de vraies solutions.» Comme la préférence nationale, un des socles du programme frontiste. Mais, à dire vrai, tout comme Fabien l'étudiant strasbourgeois ou Julien le responsable commercial cannois, il ne se sent pas vraiment menacé par l'immigré sans diplôme qui viendrait lui piquer son boulot. La concurrence - réelle ou ressentie - que subissent les non-diplômés des grands bassins d'emploi détruits par la désindustrialisation ne concerne guère les jeunes diplômés.

«Pour moi, ceux qui menacent mon emploi sont les Brésiliens, les Russes, les Indiens ou les Chinois», souligne Frédéric, que l'idée de la protection des frontières et de la taxation des produits importés séduit. A Toulon, Grégoire, 19 ans, a voté FN des deux mains. En deuxième année de physique-chimie à l'université, il envisage d'intégrer une école d'ingénieurs en énergies renouvelables : «J'aurai toujours du travail et la concurrence avec les immigrés est inexistante.»

«Serrer les boulons»

Oubliez la mondialisation ! C'est dans leur quotidien, au ras des pâquerettes, que nos sympathisants se sentent le plus agressés. Sans que l'on sache bien de qui ils parlent réellement. Des 200 000 à 400 000 clandestins, des 5 millions d'immigrés en situation régulière ou des 3 millions de descendants d'immigrés entre 18 et 50 ans de nationalité française ? Ainsi, pour Fabien, qui souhaite réguler fermement l'immigration, il s'agit des étrangers. La préférence nationale tous azimuts doit, selon lui, s'appliquer à tous les Français, quelles que soient leurs origines. Il reconnaît que certains électeurs ont tendance à vouloir fourrer les immigrés récents et leurs enfants dans le même sac xénophobe estampillé FN. Il attend que Marine Le Pen précise sa position : «Elle le fera, dit-il. Elle n'est pas raciste.» Bien sûr, que Marine Le Pen ait dansé avec des néonazis à Vienne en début d'année le gêne. Mais, affirme-t-il, «c'est une erreur de parcours qui a été largement exploitée».

 

Le Mosellan s'est senti discriminé à Strasbourg quand on lui a affecté un logement à 6 km de son lieu d'études, alors qu'il avait demandé une résidence universitaire située sur le campus même. Il raconte : «Quand j'ai vu qu'avaient été choisis en priorité des Erasmus européens, qui songent plus à faire la fête qu'à travailler, et des boursiers étrangers, ça m'a fait drôle.»

Direction la Bourgogne. «Aujourd'hui, il y a clairement deux poids et deux mesures en faveur des personnes d'origine étrangère», dit Marie, 19 ans. Cette étudiante en hypokhâgne se souviendra longtemps de l'été 2011, quand le stage rémunéré qu'elle convoitait lui a échappé au profit d'une jeune femme d'origine maghrébine. Elle commente : «C'était injuste. Elle était plus âgée que moi, elle n'avait pas le bac et elle était moins motivée que moi.»

La jeune femme, qui souhaite intégrer Sciences-Po ou Normale sup, en a été blessée : «J'avais besoin de ce stage pour payer ma rentrée. Je n'ai pas de bourse parce que mes parents appartiennent à la classe moyenne, celle des maltraités et des invisibles.» L'emploi d'été raté est venu ajouter du vinaigre sur des plaies encore fraîches. Un soir, à 17 ans, elle s'était fait vraiment serrer d'un peu trop près par des jeunes issus de l'immigration. Elle reconnaît : «Il y a eu un avant et un après. Ça m'a confortée dans ce que je pensais de l'immigration. Alors quand j'ai pu, j'ai voté Marine Le Pen parce que j'en avais marre de ne pas pouvoir aller chercher un proche à la gare sans me faire arrêter et insulter.»

L'insécurité - étroitement liée, pour eux, à l'immigration maghrébine ou africaine - vient au premier rang des préoccupations de ces diplômés. Le choc avec les grandes villes où ils font leurs études est d'autant plus important qu'ils ont grandi loin des zones sensibles. Protégés.

Frédéric, l'électronicien, a poussé dans une petite ville calme et paisible de la campagne angevine. Pas de bol : à Angers, sept «racailles» - des gars qu'il avait côtoyés au lycée - les ont castagnés, lui et trois de ses potes, pour piquer leurs téléphones portables. Il a voulu porter plainte, les flics ont rigolé. «Le laxisme envers les coupables et l'indifférence envers les victimes m'ont choqué», dit l'Angevin. Pour lui, en matière de sécurité, Sarkozy n'a fait que des annonces. Marine Le Pen est la seule qui réponde à ses souhaits de «serrer fermement les boulons». Mais Frédéric est également contre la peine de mort. Une question d'humanité.

Arnaud, 19 ans, est résolument pour. «Sous certaines conditions, comme la récidive. Mais il faudra en débattre.» Pourtant, sa ville, à proximité de Versailles, n'est pas un haut lieu de la criminalité. Issu de la petite bourgeoisie - son père est clerc de notaire et sa mère, conseillère patrimoniale -, Arnaud s'apprête à entamer de longues études de droit à la fac de Nanterre. Son but est de devenir officier de gendarmerie. Ses idées frontistes sont affichées. Signe des temps, il en parle avec sa meilleure amie, une militante PS. Force est de constater que le FN n'est plus un repoussoir. Marie discute, elle aussi, politique avec ses copains d'hypokhâgne plutôt à gauche : «Nous n'avons jamais eu à nous cogner.»

Patriotisme ardent

Sylvain Crépon confirme. Le professeur de sociologie a eu dans sa classe une militante pure et dure du FN, d'origine guadeloupéenne et lesbienne. «Elle ne se cachait pas et cela s'est plutôt bien passé», se souvient-il. Avant de conclure -nostalgique ? - : «Il y a quelques années, ils se seraient foutus sur la gueule.» Arnaud ironise : «Dans ma banlieue chic, il est facile d'être de gauche. J'aurais pu rester peinard, mais j'ai voulu voir comment on vivait dans les zones les plus exposées.» Pour voir, ce pompier volontaire dans un coin sensible des Yvelines a vu. Il parle des pavés sur l'ambulance, des immeubles dégradés où les pompiers doivent obtenir l'autorisation des occupants des halls avant d'y pénétrer, des bagnoles brûlées, des insultes, de cet homme en sang qui criait : «Vive Mohamed Merah ! Je nique la France !» Il raconte encore l'intervention de nuit auprès d'une petite fille malade. Au mur de sa chambre, un poster sous forme de BD qui montrait comment mettre le voile. «A 7 ans !» s'indigne Arnaud pour qui «la France et la République sont indissociables. Elles sont menacées par l'immigration et le communautarisme».


Grégoire, le Toulonnais, renchérit : «J'ai voté Marine Le Pen parce que je suis soucieux de la France.» Tous ces jeunes diplômés sympathisants du FN se retrouvent dans un même patriotisme ardent. Familial comme pour Grégoire ou Julien, descendants d'immigrés espagnols et italiens, et pour Marie, française de souche. Fruit d'une évolution personnelle pour Frédéric.

Leur vote en faveur de Marine Le Pen témoigne de leurs angoisses et d'un profond désarroi face à un monde déstabilisé et inquiétant, où la devise républicaine «Liberté, égalité, fraternité» prend l'eau de toutes parts. Où la laïcité n'en finit pas d'être trahie. Leur France est un pays menacé, qui se dissout dans l'Europe et l'immigration. Sylvain Crépon analyse : «Le discours frontiste sur les valeurs de la République et l'identité nationale attaquées par l'islam marche très bien auprès des jeunes.» D'autant que leurs convictions sont renforcées par tout ce qu'ils peuvent drainer sur Internet. A la différence des gros bataillons de sympathisants FN non diplômés, nos primovotants FN diplômés sont connectés en permanence sur la Toile. Accrochés aux réseaux sociaux. Saturés d'images d'actualité en temps réel - les révolutions arabes, la montée de l'islamisme ou les violences urbaines. Avides d'informations et de décryptages.

Nadja, 22 ans, est branchée quasiment en permanence. Juste avant l'élection présidentielle, elle a eu sa révélation : «Je me suis aperçue que Marine Le Pen balançait tout ce que j'avais envie de balancer.» En dernière année de licence de langues étrangère appliquées, la jeune femme dresse le même constat que nos autres témoins, celui d'une France au bord de l'effondrement économique et du démantèlement social. Elle a voté en toute connaissance de cause.

«J'en ai assez qu'on fasse passer les sympathisants pour des pauvres gens égarés dans la protestation», dit-elle. Nadja est une patriote. Ses parents lui ont appris à aimer la France et elle déplore, aujourd'hui, que l'école mette l'histoire du pays sous le boisseau. La préférence nationale est normale : «Ce qui est anormal est de favoriser une communauté par rapport à une autre. On est censés être tous sur le même pied d'égalité.» Nadja est contre l'immigration massive parce que la France n'en a plus les moyens. Elle n'est pas contre les immigrés.

Et pour cause : son père, ancien manutentionnaire de SKF, et sa mère, femme de ménage, sont français d'origine tunisienne. L'année prochaine, elle compte s'inscrire en master de traduction à Lyon. Elle sait qu'elle pourrait bien y affronter le racisme dont elle a été, jusqu'ici, relativement protégée dans sa petite ville de Touraine. Mais elle ne pense pas que cela nuira à son engagement politique. Elle discute sur Facebook avec une dizaine de sympathisants du FN qui l'acceptent sans aucun problème. Nadja pense que «les immigrés n'ont pas encore rejoint le Front parce qu'on les leurre». Des racistes, comme partout, il en existe au Front national. «Ils appartiennent à la vieille génération, celle de Jean-Marie Le Pen», veut-elle croire. La jeune femme compte prendre sa carte l'année prochaine. Arnaud, le pompier volontaire, s'est encarté juste avant la présidentielle. Nadja dit : «Nous sommes l'avenir.»

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