Libres propos
La récente polémique autour de la remise en cause du collège unique laisse perplexe à l’égard des faits. Le Collège unique a deux vitesses était déjà une voie de fait et depuis bien longtemps. A croire que la résistance plus ou moins consciente et revendiquée des enseignants, a toujours été latente. L’instinct de sauver ce que l’on peut, irrépressible.
Il suffit pour s’en rendre compte d’avoir ou d’être un bon élève ou un parent de bon élève, d’ouvrir les yeux et de ne pas se voiler la face.
Dès mon entrée en sixième dans les années 80, sont ouvertes une dizaine de classes de sixième dans le collège que je fréquente. C’est un secret de polichinelle que les sixièmes numérotées 1, 2, 3, 4, sont les meilleures. Les deux premières ont l’option allemand en première langue, les secondes anglais, mais les quatre sont celles que fréquentent les enfants d’enseignants et celles que mes parents feront des pieds et des mains pour que je les intègre.
A l’évidence, même des élèves, le niveau est au-dessus. Ce sont eux que l’on présente seuls aux concours, ce sont eux qui ramènent les prix.
Ensuite, les options permettent encore la sélection, latin, allemand, mais encore c’était ouverte en quatrième troisième, une classe d’anglais renforcé, cinq heures au lieu de trois, c’est dans cette porte quasiment bâtie sur mesure pour certains bons éléments, que j’acquis des bases de langues dont je n’atteindrai jamais l’excellence, même en faculté de lettres et civilisations étrangères en anglais, censée former les futurs professeurs de cet idiome. Des élèves fréquentant ce même cursus, furent nombreux à se retrouver en classes préparatoires. La sélection avait été faite.
Vingt ans après, même synopsis.
Je le constate chez mes enfants. Dès la sixième, certains de leurs professeurs leur donnent des sujets différents lors des contrôles, les questions sont plus difficiles. Dès la quatrième encore, la sélection est effective, si quelques reliquats d’homogénéisation perdurent, la majorité de la classe est clairement de bonne facture, et si le reste est de niveau moyen, absolument aucun élément faible ou perturbateur ne hante la marche de cette accélération qualitative. Comme par hasard, les enseignants réclament ce genre de classes avec insistance et en privé, m’avouent leur respiration. Étant issue de famille nombreuse et mère de famille nombreuse, je vérifie la règle de ce modèle d’exceptions.
Quant aux troisièmes professionnalisantes, de qui se moque-t-on, à mon seul petit niveau, j’ai un élève en soutien scolaire qui la fréquente déjà, « stagite » aiguë et niveau qui laisse rêveur quant au « socle commun » mais cela permet de délester les classes « normales » de leurs éléments les plus, comment dire, « expressifs ».
Étrange voie de garage tout de même, qui, sous prétexte de les orienter au mieux, rassemble essentiellement des cas « spéciaux », pour ne pas dire « soc’ » comme les élèvent le disent eux-mêmes, dans un même panier de crabes. Et entre panier de crabes et panier à salade, il n’y a qu’un pas …
Et l’école n’est pas la seule concernée, la nature revenant au galop, les clubs de sport, même les plus socialisants, finissent par se plier à cette loi d’un nouveau genre, genre Tartuffe.
/image%2F1509094%2F20170109%2Fob_00da3f_fnj-occitanie-1.jpg)


Haut de page