Marion Maréchal-Le Pen, député FN du Vaucluse, se montre particulièrement active à l’Assemblée nationale, où elle multiplie les interventions. Elle évoque son dernier projet de loi, sa stratégie pour les municipales et la crise de l’UMP…
Comment prenez-vous le rejet du recours demandé par Marine Le Pen concernant l’élection législative à Hénin-Beaumont ?
Marion Maréchal-Le Pen : Il me semble qu’il s’agit avant tout d’une décision politique motivée par le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré. Ce dernier a agi en militant politique, pas en garant de nos institutions. C’est la raison pour laquelle, avec mon collègue Gilbert Collard, j’ai aussitôt déposé une proposition de loi constitutionnelle réclamant de nouvelles règles de désignation des membres du Conseil constitutionnel. Actuellement, il se compose de neuf membres désignés pour neuf ans par les présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Sénat. Je propose un collège de seize membres, élus pour huit ans et renouvelables par moitié tous les quatre ans, dont les membres seraient désignés par tirage au sort parmi des personnalités issues du Conseil d’Etat, de la Cour de cassation, de la Cour des comptes et des professeurs d’université agrégés de droit public. Il s’agit ainsi de dépolitiser les nominations, et d’offrir une réelle garantie d’indépendance et d’impartialité à cette institution.
A l’Assemblée, vous semblez assez proche du député-maire d’Orange, Jacques Bompard, qui, sur certains points, rejoint le Front national…
Absolument. J’essaye de travailler en bonne intelligence politique. J’ai donc décidé de ne pas être l’héritière de l’inimitié qui a pendant longtemps divisé mon grand-père – Jean-Marie Le Pen –, et monsieur Bompard. Nous avons même discuté des municipales et il m’a proposé de prendre des élus du FN sur sa liste, et inversement.
Il s’agit des fameuses listes mixtes évoquées pour les municipales de 2 014 ?
Exactement. Et je crois que pour ces élections, la Ligue du Sud ne mènera plus de guerre fratricide. Nous n’irons pas marcher sur les terres de monsieur Bompard. Aujourd’hui, il faut faire converger les énergies pour prendre des villes qui devraient être de notre bord depuis longtemps.
Vous avez décidé de ne pas conduire de liste aux municipales. Pourquoi ?
Avant tout par manque de temps. Nous ne sommes que deux députés à l’Assemblée avec Gilbert Collard, et contrairement aux députés de groupe, nous n’avons pas deux jours et demi d’astreinte par mois, ni la même logistique humaine derrière nous. Les municipales, c’est un travail énorme et je ne voulais pas déléguer à outrance mes occupations actuelles. De plus, il s’agit d’un mandat exécutif, et je n’ai pas cette expérience de gestion municipale. Mais je vais me roder à l’exercice en m’inscrivant sur une liste.
En avez-vous parlé avec Marine Le Pen ?
J’ai pris cette décision de mon propre chef. Je n’en ai pas parlé avec Marine. Déjà aux législatives, j’avais prévenu que je ne cumulerai pas les mandats. C’est un engagement qui me tient à cœur. Un homme, une fonction, c’est déjà assez honorable.
Un sondage a récemment révélé que pour 38 % des Français, le combat des chefs à l’UMP profiterait avant tout au Front national. Vous avez déclaré que le parti enregistrait en ce moment 600 adhésions par jour. N’est-ce pas surestimé ?
Je vous garantis que c’est vrai ! Vous n’avez qu’à appeler le service adhésion du Front national (rires) ! Le nombre a explosé d’une manière exponentielle depuis une quinzaine de jours. Plus impressionnant encore, notre standard reçoit un nombre important d’appels de personnes prêtes à se tourner vers nous. Le duel Copé/Fillon a suscité des réactions très importantes. Et vu la situation, on peut subodorer que ce sont des membres de l’UMP. C’est presque cinq fois plus que la moyenne. Reste à voir si cela se confirmera dans la durée.
Comment expliquez-vous cela ?
Cela fait longtemps que nous affirmons que l’UMP est un conglomérat de mouvances extrêmement différentes qui, à terme, ne peuvent pas cohabiter. C’est ce que l’on observe actuellement avec les héritiers du RPR et ceux d’une mouvance plus centriste. A contrario, au Front national, les Français voient que nous sommes un parti uni autour d’un chef de file incontesté. Notre politique est constante et ne change pas au gré des sondages d’opinion. Le FN porte une opposition de plus en plus crédible.
Croyez-vous que l’UMP soit enterrée ?
Il ne faut pas minimiser l’UMP dans sa capacité de reconstruction. C’est un parti mal en point, mais qui ne restera pas longtemps dans cet état. Et puis, c’est tout de même une grosse machine qui est capable de jouer l’unité coûte que coûte malgré les divergences.
Gilbert Collard a lancé un appel aux députés UMP « déboussolés » par cette affaire. Avez-vous des retours ?
Je n’en ai pas parlé avec lui. Je ne suis pas affiliée RBM (Rassemblement bleu Marine). C’est vrai que Gilbert Collard a ce rôle particulier, du fait qu’il n’adhère pas au FN, de rassembler autour de nous. Il doit porter ce rassemblement. Mais je pense que cet appel peut aboutir. Au niveau local, les choses commencent à bouger. Toute la droite souverainiste, héritière de Philippe Seguin, n’est plus représentée à l’UMP. Elle finira peut-être par réaliser qu’elle n’a aucun intérêt à rester dans un parti où elle n’a aucune visibilité.
Croyez-vous vraiment à la portée de cet appel ?
Pour un groupe, il faut 15 parlementaires. Mais tout est envisageable. Nous avons cinq ans devant nous. La gauche va décevoir, même dans son camp. Les guerres de l’UMP ne sont pas terminées. Oui, les lignes peuvent bouger. Marine Le Pen est, d’ailleurs, déjà dans cette démarche d’élargissement. Cela se vérifiera aux municipales de 2 014.
Source : Minutes
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