Tribune libre de Gaëtan Dussausaye et Alexis Satabin
« En cette période d’admission post-bac, j’ai été confronté comme des milliers de bacheliers à l’épreuve du tirage au sort pour entrer à l’université. En effet, de plus en plus de facs ont recours à ce processus pour sélectionner leurs futurs étudiants. Pour ma part, je souhaitais rejoindre une faculté de sciences politiques. Ayant eu 18/20 en sciences politiques au baccalauréat, ainsi qu’une moyenne de 16/20 durant l’année scolaire dans cette matière, j’estimais être en mesure de suivre de telles études. Pourtant, je n’ai pas été retenu ». Les raisons ? Le dossier de l’élève n’étant pas examiné, les compétences ne sont pas valorisées. Par conséquent, une personne peut être admise en ayant fait une année médiocre dans la matière qu’il s’apprête à étudier durant trois ans. C’est, ainsi, à la seule divine Fortuna, que revient la lourde tâche de choisir et de sélectionner parmi les étudiants, ceux qui auront la chance d’obtenir l’un de leurs premiers vœux – une sélection qui s’opère automatiquement via le logiciel informatique Admission Post Bac (APB).
Le fait même d’être parvenu à une telle réalité, dans un système français qui se veut « égalitaire », et qui entend « donner les mêmes chances à tous de réussir dans les études supérieures », pose deux problématiques. La première est, évidemment, celle de l’incapacité des campus universitaires à accueillir en L1, un nombre d’étudiants beaucoup trop important, et qui ne cesse d’augmenter au fil des années. Ainsi, on compte pas moins de 172 800 étudiants inscrits en première année de licence en 2004. Un chiffre qui explose, pour atteindre les 276 996 inscrits en L1, en 2009 ; puis les 287 747 premières inscriptions en L1 en 2012.[1]
La seconde problématique est celle du taux de réussite en première année de licence des universités françaises, qui est, nous le savons, excessivement bas. A titre d’exemple, l’université Montpellier 1 qui tire au sort ses futurs étudiants en sciences politiques se retrouve en 2013 avec un taux de réussite en licence de 36.8%, soit 2 étudiants sur 3 qui n’obtiennent pas leur licence.[2] A Paris Descartes, la mention STAPS qui, elle aussi est soumise au tirage au sort, voit un taux d’échec de 75% de ses étudiants à la fin de la 1ere année de licence pour l’année 2011/2012.[3]
Le tirage au sort se fait, donc, non seulement au détriment de l’élève, qui, même en excellant dans telle ou telle matière, n’est désormais plus le maître de sa propre orientation ; ce qui contribue inévitablement à l’abaissement du niveau scolaire – que ce soit pour le diplôme de baccalauréat, ou pour le niveau des cours enseignés en L1.
Mais aussi, au détriment de l’université même, qui n’ayant aucune connaissance du profil de ses futurs étudiants, augmente ainsi les risques de voir échouer ses étudiants en première ou deuxième année – ce qui entraîne un coût croissant important pour l’Etat, alors même que l’enseignement supérieur est clairement en crise budgétaire.[4]
Contre la démagogie de syndicats, dits « étudiants », qui, déconnectés de toutes réalités, souhaiteraient qu’aucune faculté ne puisse refuser ou limiter l’entrée d’étudiants – contre les jeux de loterie, ou la technique de « premier arrivé, premier servi » – et contre la dévalorisation de nos diplômes, il faut mettre en place une sélection au mérite, qui permette à la fois de défendre la méritocratie, seule garante de l’égalité républicaine véritable, et de refuser, ainsi, le modèle anglo-saxon qu’est la sélection par l’argent.
En contrepartie, les filières professionnelles doivent être réhabilitées et ce, dès le collège (notamment par la mise en place de l’apprentissage dès 14 ans), pour assurer à la jeunesse une orientation digne de ce nom, conforme à leurs attentes et profils personnels, et ainsi revaloriser le diplôme du baccalauréat, et permettre aux universités et aux étudiants des facultés de respirer à nouveau.
On connaissait déjà un diplôme du baccalauréat dévalorisé. En sera-t-il de même pour les licences ?
[1] Note d’information – 13.11 Décembre Enseignement supérieur & recherche – Les étudiants inscrits dans les universités françaises en 2012-2013.
[2] Palmarès des Universités – Le Parisien 2013 : UM1 – Université Montpellier 1 : http://montpellier.aujourdhui.fr/etudiant/orientation/formations/universite-montpellier-1.html
[3] Sciences et techniques des activités physiques et sportives : « Part des reçus en 1ère année de licence des bacheliers 2011 » – http://orientationactive.parisdescartes.fr/IMG/pdf/Reussite_en_L1_STAPS_result_11_12_OA_2013-3.pdf
[4] « Budget 2014 : les présidents d’université haussent le ton », via Educpros.fr, du 25 octobre 2013 – http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/budget-2014-les-presidents-d-universite-haussent-le-ton.html
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