Mardi 14 octobre, Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, souhaitait instaurer la gratuité sur les autoroutes le week-end. Elle envisageait, ainsi, de compenser le manque à gagner de l’abandon de l’écotaxe en ponctionnant les entreprises gestionnaires des autoroutes (Vinci Autoroutes, Eiffarie ou Abertis étant les principaux groupes).
Le gouvernement, par l’entremise du Premier ministre Manuel Valls, a estimé de son côté la mesure « difficilement envisageable ». Il convient, en effet, de rappeler qu’un accord signé à l’automne 2013 entre l’État et les exploitants d’autoroutes avait décidé un allongement des concessions autoroutières en France de trois ans, avec pour contrepartie l’engagement, pour ces groupes, de construire gratuitement des petits tronçons d’autoroutes manquants. Ces travaux représentent un montant total de 3,6 milliards d’euros divisés en 21 chantiers et permettraient, en théorie, la création de 15.000 emplois. La menace des concessionnaires face aux imprécations du ministre de l’Écologie est donc toute trouvée : ne pas appliquer le plan de relance des autoroutes.
Ségolène Royal n’en a, une fois de plus, fait qu’à sa tête, agissant en dépit de la discipline et de la collégialité qu’implique l’exercice du pouvoir. L’autre problème soulevé par cette polémique est plus profond et plus grave, car la démonstration donnée par ce énième imbroglio politico-médiatique est que les grandes compagnies privées (tant dans le BTP que dans le domaine bancaire) peuvent tranquillement imposer leur volonté à notre État faible et en crise.
Madame le ministre de l’Écologie (laquelle, je l’espère, me pardonnera mon usage académique du français) part d’un principe tout à fait juste selon lequel« il y a 20 % de tarif en trop, puisque quand une autoroute fait payer 100 euros, il y a 20 euros de trop qui sont empochés. Ce que je souhaite, c’est qu’il y ait une baisse des tarifs autoroutes de 10 %, avec une gratuité par exemple le week-end […] Souvent, je leur ai dit “Pourquoi vous ne faites pas au moins les autoroutes gratuites le week-end, par exemple, ou aux heures de pointes ?”. Ça serait leur devoir. »
Elle affirme, en outre, que « les autoroutes n’ont pas respecté le contrat qui était le leur, c’est-à-dire qu’elles auraient dû baisser les prix au fur et à mesure de la durée d’amortissement des autoroutes. Donc, les Français ont payé deux fois, lors de la construction et quand le gouvernement Raffarin-Villepin a privatisé les autoroutes. »
Elle a deux fois raison, mais elle oublie une chose capitale ; l’État français n’est plus indépendant et libre de ses choix politiques ! Le gouvernement est trop lâche et versatile et doit composer avec les grands groupes, composer avec Bruxelles, composer avec la majorité… Il fallait y penser avant, Madame Royal ! Vous, qui vous êtes rendue complice de la perte de souveraineté de la France, ne pouvez déplorer les conséquences de ce dont vous chérissiez, hier, les causes.
Gabriel Robin, juriste et écrivain pour le site Boulevard Votaire
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