Contribution de Gauthier Bouchet, responsable de la communication au Front national de la jeunesse (FNJ), au débat organisé sur le site Newsring : Marine Le Pen, candidate des jeunes ?
Selon une étude du CSA réalisée pour le site Internet du Monde (lemonde.fr), Marine Le Pen est, parmi les candidats à l’élection présidentielle française, celle recueillant le plus d’intentions de votes chez les 18-24 ans : 26 %. Suivent ensuite François Hollande (25 %) et Nicolas Sarkozy (17 %), en forte baisse parmi cette tranche d’âge, puis Jean-Luc Mélenchon (16 %) et François Bayrou (11 %).
Le fait que les jeunes votent massivement pour le candidat soutenu par le Front national (FN) à l’élection présidentielle se vérifie constamment, depuis le scrutin de 1988, où le mouvement politique alors présidé par Jean-Marie Le Pen se hisse à 15 % des suffrages, son premier score significatif.
Que les mass-medias feignent pour autant de régulièrement s’en étonner – voire de s’en offusquer – n’est qu’un signe parmi d’autres d’un jugement vis-à-vis du Front national qui confine trop facilement aux « clichés programmatiques » et aux maronniers, cependant qu’ils ne s’intéressent pas réellement à la nature réelle du FN : sa nature sociologique, notamment.
Parce qu’il n’est pas « hors-sol » mais fait de Françaises et de Français – quarante mille adhérents, des centaines de milliers de sympathisants et quelques dix millions d’électeurs potentiels – le Front national représente logiquement ces derniers, presque comme un calque parfait, dans la mesure où il prétend incarner la logique incontestable du bon sens populaire et national, face à l’illogisme et à la fuite en avant perpétuelle de toutes les dérégulations libérales, PS ou UMP. Ce que Marine Le Pen nomme, d’un seul tenant, le « Système UMPS ».
Il est donc, dans la France contemporaine, parmi son peuple, un électorat réceptif, historiquement, au message patriote et social du Front national, et que le Le Pen tribun et imprécateur des années 1980 a su révéler. Le Le Pen nouveau des années 2010, incarné par sa fille et successeur à la tête du FN, semble capitaliser et poursuivre la dynamique électorale créée par le président-fondateur du FN, en voulant en faire l’outil d’un programme de gouvernement crédible et exhaustif ; à charge pour ce dernier de permettre à la candidate d’accéder à la puissance publique dès le mois de mai prochain.
Si le « vote jeune » en faveur du Front national étonne les médias, il convient pourtant de relativiser son « effet de surprise » et de se demander pourquoi. La jeunesse de France et, globalement, les jeunesses occidentales, se satisfont-elles du monde dans lequel elles vivent ? Un faisceau d’indices aussi divers que la hausse des suicides, le taux d’échec en licence, la précarité sociale qui devient, de fait, précarité morale, à un âge où l’individu se structure dans le temps long, ont tout pour laisser entendre, intuitivement, l’inverse. Ce que les chiffres du chômage et du mal-logement, notamment, prouvent ensuite sans peine.
De manière tout à fait pragmatique, Marine Le Pen sait, dans cette campagne présidentielle, tant diriger que cadrer la « dynamique jeune » officielle autour de sa candidature, en laissant implicitement s’oublier le traditionnel Front national de la jeunesse (FNJ) au profit de la structure, explicitement présidentielle, des Jeunes avec Marine (JAM). Ceci quand, en comparaison, la campagne présidentielle de 2007 avait vu la cohabitation des deux structures ; le flou stratégique entre tentations du militantisme classique et quotidien et pragmatisme à fin politique du temps de campagne. Marine Le Pen a certainement raison, en terme d’efficacité politique, d’orienter (ou, du moins, de laisser orienter) « ses » jeunes, vers l’agit-prop sous forme de happenings médiatisés à dessein, et une présence massive dans les radios et sur les plateaux de télévision, bien loin de l’image traditionnelle et injuste faite des jeunes du FN, qui seraient incapables d’expliquer un programme qui les concernent pourtant souvent en priorité, se contentant d’être les « colleurs d’affiches ».
Un sondage tel que celui plaçant Marine Le Pen en tête du vote jeune pour l’élection présidentielle ouvre en tout cas largement le jeu pour cette élection, prouvant sans démagogie que l’optique d’un second tour incluant Le Pen demeure crédible. Ce, notamment, à la faveur d’un éventuel essoufflement du candidat en tête, Hollande ou Sarkozy, et en supposant tant que Marine Le Pen puisse remonter à son étiage maximal de mi-janvier, à 20-20,5 % des intentions de vote, et que la marge d’erreur de ces derniers soient en réalité en sa faveur (qu’il faille autrement dit « corriger » ces sondages à la hausse). Les plus jeunes des votants seraient alors le facteur décisif permettant la qualification de Marine Le Pen pour le second tour de l’élection.
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